La fibre optique va arriver aux Arcs, quel impact dans nos immeubles ?
1- Au plan général :
Fin 2018, le Conseil Départemental de la Savoie a confié à un groupement Orange-Covage (nom de ce groupement : Covage Savoie) le déploiement de la fibre optique (FO) sur l’ensemble du département. L’objectif est d’avoir équipé les zones prioritaires (dont les stations de ski) pour 2021, et couvrir la totalité du département en 2023 (détail de cette convention en vidéo ici).
Orange n’est plus à présenter, Covage est une société spécialisée dans le déploiement et l’exploitation de la FO, voir le site de cette société.
Bonne nouvelle, mais quelles conséquences sur l’accès internet très haut débit (THD) dans nos immeubles et quelles questions se poser ?
Aujourd’hui, la FO est présente aux Arcs, mais pour des utilisations spécifiques, et non accessible individuellement pour le grand public. Le déploiement lancé par le conseil départemental vise la généralisation de l’accès à la FO pour les particuliers.
Le schéma ci-dessous présente le principe d’un fibrage complet jusqu’aux appartements (aussi appelé FTTH : Fiber To The Home) :

1- La fibre arrive au pied de l’immeuble, dans un Boitier de Pied d’Immeuble (BPI), souvent placé dans un local technique. L’objectif de 2021, annoncé par le conseil départemental, concerne l’installation de ce BPI (on peut rencontrer aussi le sigle FTTB : Fiber To The Building).
3- La fibre est distribuée dans les étages, en général par une gaine technique existante (2).
4- Par étage (ou groupe d’étages), un Point de Branchement Optique (PBO), où viendra se raccorder chaque appartement par une fibre dédiée (5) et une box spécifique, du type de celle que nous utilisons pour une connexion ADSL.
2- Dans nos immeubles des Arcs :
– L’idéal est évidemment d’assurer ce fibrage complet, seul à pouvoir garantir un débit très important, mais aussi à offrir un débit symétrique en réception et émission de données. Par contre, il nécessite des travaux conséquents de câblages dans nos immeubles.
– Autre solution possible, illustrée par les systèmes WIFI déjà présents dans certaines copropriétés (à titre d’exemple, les équipements et services offerts par la Société Neptune). L’interface est possible entre ces systèmes WIFI et l’infrastructure FO en amont (point 1 du schéma). La capacité maximum est alors celle du système WIFI, mais supérieure au débit actuellement obtenu. Une telle solution, même si elle peut paraître « bâtarde », sera peut-être proposée par les sociétés concernées, et pourra être étudiée au vu des propositions qu’elles ne manqueront pas de nous soumettre1.
– A partir du point 1, il est aussi possible de repasser par le réseau téléphonique classique (paire torsadée cuivre),
La performance d’une telle solution est liée à la qualité du réseau téléphonique existant (la section et la qualité du câble en particulier, ainsi que la qualité des connexions influent de manière importante sur les débits obtenus). Elle demandera sans doute un audit de ce réseau téléphonique, mais peut constituer une alternative, sans travaux lourds à l’intérieur de nos immeubles.
– Autre variante, toujours à partir du point 1, utiliser le réseau TV coaxial qui peut déjà équiper l’immeuble (solution type Numéricable implantée en zones urbaines).
3- Aspects administratifs vis-à-vis des copropriétés.
Les lois ALUR, puis ELAN (Evolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique) précisent, entre autres, les conditions d’installation de la FO dans les immeubles.
Ces lois (en particulier ELAN) sont récentes, et les applications concrètes dans nos résidences de stations encore très limitées. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.
4- Quelques observations.
– Concernant le délai d’arrivée de la fibre aux Arcs. Notre souhait est évidemment qu’il soit tenu, mais de manière générale, au niveau global France, beaucoup s’interrogent :
– A commencer par la Cour des Comptes, dans son rapport de 2017, préconisant même de chercher des solutions alternatives à la fibre.
– Des risques de pénurie de fibres d’une part et de manque de compétences professionnelles d’autre part.
– Enfin, certaines sources vont jusqu’à évoquer un décalage dans les objectifs de l’ordre de 2 ans.
– Nos immeubles, résidences saisonnières, ont une occupation moyenne de quelques semaines par an. Compte tenu des coûts (aujourd’hui, de l’ordre de 20 à 50€ par mois (240 à 600 €/an) selon les opérateurs et options retenues), le taux de raccordement des appartements risque être faible. Quelle sera l’attitude des grands opérateurs nationaux (Bouygues, Free, Orange, SFR) pour supporter un investissement non négligeable, ramené à un nombre d’abonnements faible ?
Par ailleurs, les fournisseurs dits « alternatifs » (Wibox, K-Net, Comcable, Coriolis, Nordnet… pour ne citer qu’eux), souvent présents dans les zones dites de faible densité, se positionneront-ils sur le marché de nos stations ?
Enfin, dans sa note de présentation, le conseil départemental mentionne :
« Un périmètre prioritaire intégrant notamment les stations de ski, qui pourront bénéficier d’« offres commerciales spécifiques »adaptées à leur activité saisonnière, grâce à un réseau FttH activé ». Que seront ces offres spécifiques ? Cela reste encore un mystère.
– Certains immeubles sont déjà reliés au réseau (Nœuds de Raccordement Abonnés de 1600, 1800 et 2000) par de la fibre, installée par différents fournisseurs. Un accord va-t-il être trouvé entre les sociétés propriétaires à ce jour, et ORANGE-COVERAGE ? Ou bien un nouveau réseau sera-t-il déployé ?
– Concernant les lois ELAN et ALUR (en particulier la convention unique établie entre la copropriété et l’opérateur), il ne faut pas exclure des évolutions : voir par exemple la tentative de SFR lors du vote de la loi ELAN, finalement repoussée par le parlement.
– Les progrès, en zones de couverture et débit, de l’internet mobile, en font sans doute un concurrent sérieux au THD fixe, compte tenu de nos spécificités. Sans parler de la 5G…
5- Que conclure ?
– Pour les résidences permanentes, les commerces et les entreprises présentes aux Arcs, l’accès au THD via une liaison fixe FO est nécessaire, pas de doute.
– Pour nos immeubles, la problématique est différente, et pas de solution qui se détache à ce jour. Les incertitudes, plus les coûts ou contraintes liées aux différentes solutions, doivent nous inciter à une grande prudence : ne pas engager aujourd’hui des investissements lourds, ou des contrats d’une durée supérieure à 3 à 5 ans : garder une liberté de manœuvre pour l’arrivée de la fibre.
Enfin, rester attentif à toutes les annonces et évolutions techniques qui ne manqueront pas dans les 3 à 5 ans à venir, en particulier celles que proposeront les sociétés qui équipent certains immeubles en WIFI ou les opérateurs dits alternatifs.
– Concernant les propriétaires-loueurs, la disponibilité d’une connexion internet performante est certainement un plus. Deux points doivent pourtant être considérés :
1- Les solutions individuelles, à l’aide de l’internet mobile, sont de plus en plus performantes, et de moins en moins coûteuses. Il est évident que de nombreux locataires en disposent dès à présent.
2- Ne pas négliger l’aspect responsabilité juridique, en cas d’utilisation avec des objectifs frauduleux, pédophiles ou pornographiques. Un propriétaire peut voir sa responsabilité engagée s’il ne peut pas prouver qu’il n’est pas à l’origine des accès concernés.
↑1Après quelques années d’aléas qu’il est inutile de rappeler ici, cette solution est tout à fait opérationnelle aujourd’hui, et apporte une connexion internet stable et offrant un bon débit.


