
En janvier 2025, nous partagions avec vous les avancées et les ambitions de la station pour devenir une référence en matière d’accueil pour tous. Comme nous l’évoquions dans notre article « Les Arcs : vers une station accessible et confortable pour tous », la volonté d’inclusion est au cœur des préoccupations pour faire de la montagne un espace de liberté partagé.
Si les infrastructures sportives et le domaine skiable des Arcs confirment leur excellence dans ce domaine, l’expérience quotidienne des usagers nous rappelle que le chemin vers une accessibilité totale passe aussi par ce qui peut apparaître comme des détails à la plupart mais qui se révèlent essentiels pour les personnes concernées.
C’est dans cet esprit de dialogue constructif que Stéphanie, fidèle des Arcs depuis 40 ans, nous a transmis la lettre qu’elle a envoyée au maire (juste avant les élections…). À travers le parcours de son mari Charly, elle souligne avec sincérité (et vigueur !) les réussites rencontrées — notamment l’engagement des écoles de ski — mais aussi les obstacles techniques qui jalonnent encore la vie en station.
Son témoignage, que nous publions ci-dessous, est une contribution précieuse pour aider les acteurs locaux à identifier les leviers d’amélioration prioritaires, de la voirie aux accès résidentiels.
Votre expérience nous intéresse !
Parce que chaque situation est unique, 3A souhaite continuer à enrichir cette réflexion. Vous aussi, vous vivez la station en situation de handicap (éventuellement provisoire !) ou accompagnez un proche à mobilité réduite ? Partagez vos impressions, vos réussites et vos suggestions avec nous (en laissant un commentaire en fin d’article ou via le formulaire « Exprimez-vous » en haut à droite de la page) pour contribuer à construire, ensemble, une station toujours plus accueillante.
De notre côté, nous ne manquerons pas de souligner les progrès et les attentes auprès des différentes instances auxquelles nous participons, dans les copropriétés et avec la Mairie.
Monsieur le Maire,
Depuis 40 ans, je viens aux Arcs. Autant dire que j’y ai vu passer des combinaisons fluo, des télécabines vintage et même des hivers sans neige.
Mon mari Charly aussi aimait Les Arcs. Chef d’entreprise, excellent skieur, père de trois enfants en bas âge, il dévalait les pistes avec élégance. Puis, à 40 ans, un AVC est venu bouleverser notre trajectoire. Il en a aujourd’hui 46. Il est en fauteuil roulant et, contre vents, marées et pentes verglacées, il continue d’essayer de vivre le plus normalement possible.
Le problème ? La société – et notamment notre belle station – ne semble pas toujours décidée à l’y aider.
Je réside à la résidence des Lauzières, aux Arcs 1800. Et au fil des années, je dois vous avouer ma surprise face aux incohérences observées. Surprise qui s’est progressivement transformée en perplexité… puis, disons-le avec élégance, en sentiment de “foutage de gueule”.
Commençons par le positif, car il y en a.
Toutes les remontées mécaniques sont désormais accessibles aux fauteuils roulants. Des associations remarquables comme HandiArcs ou Les Arcs Handiski, portées notamment par Alexis et Thomas, moniteurs d’exception de l’École du Ski Français, accomplissent un travail formidable pour permettre aux personnes à mobilité réduite de goûter aux joies de la glisse.
Sur les pistes : bravo.
Dans les villages : accrochez-vous.
Le village du Charvet n’est quasiment pas PMR. Celui des Villards, très partiellement.
Aux Villards, des efforts ont été faits : un ascenseur pour rejoindre la place basse, l’initiative sympathique d’Intersport qui offre 10 % de réduction aux personnes en fauteuil en lien avec HandiArcs. Très bien.
Mais pour rejoindre Intersport, le Spar, l’ascenseur ou les commerces alentour, aucun trottoir n’a été rabaissé. Résultat : je dois solliciter régulièrement des passants pour porter le fauteuil de mon mari. Nous avons ainsi développé un sens aigu du lien social, ce dont je vous remercie.
Au Charvet, à peine 10 % des magasins sont accessibles. Pourtant, la solution semble parfois tenir à une simple rampe en bois, comme l’a fait le Candy Shop. Une planche, quelques vis… et soudain l’inclusion devient possible.
L’ascenseur permettant de rejoindre la place basse ? En bas, une porte trop lourde, impossible à manœuvrer en fauteuil. La retirer serait sans doute plus simple que d’envoyer une fusée sur Mars – mission que j’ai eu l’impression de solliciter lorsque j’ai demandé à l’office du tourisme un plan des chemins PMR (comme il en existe pour les raquettes).
Autre étonnement : La Folie Douce, établissement pourtant récent, n’est pas accessible. Deux marches à l’entrée de La Fruitière ou du self : pas de déjeuner, pas de toilettes. Un bâtiment refait à neuf… sauf pour ceux qui roulent.
Concernant ma résidence – Les Lauzières, bâtiment Belles Challes – des dizaines de millions d’euros sont investis en rénovation. Magnifique.
Accessible ? Non.
J’habite au 16e étage. À la sortie de l’ascenseur : deux marches. J’ai demandé une rampe il y a deux ans. On m’a expliqué, très sérieusement, que si je la voulais, ce serait à mes frais, avec architecte, maître d’œuvre et assurance. Et que si quelqu’un tombait, ce serait ma responsabilité.
J’ai donc installé une demi-rampe pour accéder à ma porte. Interdiction de la fixer au sol : elle bouge et devient dangereuse. Je dois la retirer dès que je quitte l’appartement.
Pour les escaliers près de l’ascenseur, j’apporte ma propre rampe (15 kg), que j’installe et retire à chaque passage. Trop courte, instable, avec un risque réel de bascule en arrière.
Les rampes reliant le Charvet aux Villards via la galerie commerciale sont trop étroites et non déneigées. Mon mari a déjà vu son fauteuil basculer dans le vide. Il ne doit son salut qu’à des passants.
À la sortie des Lauzières : une marche.
Aux Belles Challes : deux portes en bois extrêmement lourdes. Ironie suprême : le cabinet médical se trouve dans notre bâtiment. Pour accéder au médecin, il faudrait une rampe pour franchir le seuil… puis une autre pour les deux marches menant au cabinet.
Concernant les liaisons interstations : les chauffeurs de bus sont insuffisamment formés. La moitié ne sait pas utiliser la rampe électrique. Plusieurs fois, on m’a demandé d’attendre la navette suivante pour ne pas “faire perdre du temps”. Une fois, la rampe ne fonctionnait pas : six personnes ont porté le fauteuil dans le bus.
En résumé : un domaine skiable exemplairement accessible, et une station qui transforme le moindre déplacement en parcours du combattant.
En 2026, est-il vraiment acceptable qu’une station internationale, vitrine du tourisme français, laisse les personnes à mobilité réduite dépendre de la force des passants, de planches bricolées et de la bonne volonté d’un chauffeur pressé ?
Mon mari a survécu à un AVC à 40 ans. Il se bat chaque jour pour rester debout, même assis.
Nous ne demandons pas des privilèges.
Nous demandons simplement de pouvoir circuler, déjeuner, consulter un médecin et rentrer chez nous sans risquer sa vie.
Les Arcs savent déplacer des montagnes pour le ski.
Il serait peut-être temps de déplacer quelques marches.
Avec toute ma détermination — et encore un peu d’humour, tant qu’il m’en reste,
Stéphanie Lecocq
PS : notre séjour touche à sa fin, nous repartons demain en train … si la navette accepte de nous prendre

